Passage de hitchhike-relais

L’enfer du stopeur, comme tout bon pouceux le sait, c’est la sortie de grosse ville. Un bordel sans nom, des voies (si possible d’accélération, merci) qui partent dans tous les sens, des ronds points, des lignes blanches, des lignes jaunes, des lignes d’un peu toutes les couleurs si vous voulez, des panneaux, beaucoup de panneaux surtout, oui, des trottoirs ponctuels et sacrément alternatifs, du bruit, des pots d’échappement, j’en passe, j’en passe.

Ca, ça vaut pour n’importe quel stoppeur. Ensuite, pour votre Pirate-Prophet, imaginez grosso modo le même cirque mais avec un backpack de 17 kilos, un sac en bandoulière (version cloche de vache), un autre petit sac à dos et un sac de nourriture par pur plaisir de voyager léger.

Je galérais brillamment dans les alentours de Wellington, tentant avec plus ou moins de panache d’extraire mon petit moi-même et tout mon gentil foutoir des tentacules de la métropole. J’avais été parachutée sur un rond point à partir duquel j’avais rejoint un léger renfoncement sur le côté de la route où je tachais de rester visible et vivante, ce qui va souvent de paire. En plein dans un virage dans la lancée de voitures se jetant sur une voie à 70, j’eu à patienter un certain temps avant d’être embarquée par un chinois-kiwi dans son van engorgé de matériel jusqu’au frein à main.

« Ah oui mais moi je vais pas du tout dans cette direction, hein !

-          C’est pas grave, laisse moi monter ou je partirais jamais d’ici ! »

Ainsi fut-il. Et ainsi fis-je ma plus rock’n’roll passation de vans.

Parce que forcément, vu qu’il n’allait pas dans la bonne direction, le type chercha une solution. Par la fenêtre.

De son van à celui d’un autre kiwi passant juste à côté après deux ou trois tentatives ratées, le tout lancé à 90-100km/h sur une quatre voie débordant de trafic, ça donna quelque chose comme (merci de les imaginer hurlant) :

« Hey, mec, tu vas vers Taupo ?

-         Euh… oui… Pourquoi ?

-          J’ai une stopeuse dans la voiture, moi je prends la prochaine sortie, je peux pas la garder !

-          Euh… ok ! Je la récupère !”

Alors le plus naturellement du monde, les deux vans ont joyeusement fait des queues de poissons pour venir s’arrêter en fanfare sur la bande d’arrêt d’urgence juste avant la sortie, encouragés par une ravissante symphonie de klaxons. Un quart de seconde pour bondir du premier van, trois secondes vingt-cinq pour sortir toutes les affaires, trois secondes vingt-huit pour tout balancer dans le second van et quarante-et-une seconde environ pour monter à mon tour dans ce dernier. Simple, rapide efficace.

On n’oublie surtout pas de hurler merci par la fenêtre en repartant sur les chapeaux de roues.

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